Les Papillons, de Gérard de Nerval (XIXe siècle). 70 vers en tout, dont 6 à réciter au CP.
Le papillon ! fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l’on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie
Harmonie
Entre la plante et l’oiseau !…
Quand revient l’été superbe,
Je m’en vais au bois tout seul :
Je m’étends dans la grande herbe,
Perdu dans ce vert linceul.
Sur ma tête renversée,
Là, chacun d’eux à son tour,
Passe, comme une pensée
De poésie ou d’amour !
Voici le papillon Faune,
Noir et jaune :
Voici le Mars azuré,
Agitant des étincelles
Sur ses ailes
D’un velours riche et moiré.
Voici le Vulcain rapide,
Qui vole comme un oiseau :
Son aile noire et splendide
Porte un grand ruban ponceau.
Dieux ! le Soufré, dans l’espace,
Comme un éclair a relui…
Mais le joyeux Nacré passe,
Et je ne vois plus que lui !
Comme un éventail de soie,
Il déploie
Son manteau semé d’argent ;
Et sa robe bigarrée
Est dorée
D’un or verdâtre et changeant.
Voici le Machaon-Zèbre,
De fauve et de noir rayé ;
Le Deuil, en habit funèbre,
Et le Miroir bleu strié ;
Voici l’Argus, feuille-morte,
Le Morio, le Grand-Bleu,
Et le Paon-de-jour qui porte
Sur chaque aile un œil de feu !
Mais le soir brunit nos plaines ;
Les Phalènes
Prennent leur essor bruyant,
Et les Sphinx aux couleurs sombres,
Dans les ombres
Voltigent en tournoyant.
C’est le Grand-Paon à l’œil rose
Dessiné sur un fond gris,
Qui ne vole qu’à nuit close,
Comme les chauves-souris ;
Le Bombice du troène,
Rayé de jaune et de vert,
Et le papillon du chêne,
Qui ne meurt pas en hiver !…
Malheur, papillons que j’aime,
Doux emblème,
À vous pour votre beauté !…
Un doigt de votre corsage,
Au passage,
Froisse, hélas ! le velouté !…
Une toute jeune fille,
Au cœur tendre, au doux souris,
Perçant vos cœurs d’une aiguille,
Vous contemple, l’œil surpris :
Et vos pattes sont coupées
Par l’ongle blanc qui les mord,
Et vos antennes crispées
Dans les douleurs de la mort !…
Gérard de Nerval (mort en 1855), Poésies diverses. Texte relevé sur Wikisource.
Ce qu’on apprend au CP : la première strophe
Le papillon ! fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l’on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie
Harmonie
Entre la plante et l’oiseau !…
Le poème complet compte 70 vers ; au CP on n’en récite que 6.
La fiche à imprimer
Les Papillons à réciter au CP
Les 6 vers à réciter en gros caractères, avec la place pour illustrer et la ligne de signature de la maîtresse.
Un texte de printemps, avec des noms de couleurs et d’insectes : de quoi enrichir le vocabulaire en même temps qu’on récite. Il arrive en période 4 dans le recueil du CP, quand la lecture commence à être fluide.
Ce que raconte le poème
Le poète regarde un papillon et trouve une image pour le décrire : une fleur qui vole. Entre la plante et l’oiseau, le papillon serait le trait d’union des deux.
Les mots à expliquer avant d’apprendre
Voltige, un réseau et harmonie : ces mots ne se disent plus guère aujourd’hui, et un enfant qui récite sans les comprendre oublie deux fois plus vite.
- voltige : vole en tournant, tout légèrement
- un réseau : ici, un filet à papillons
- harmonie : quand deux choses s’accordent bien ensemble
Comment l’apprendre en quatre soirs
- Premier soir : Le papillon ! fleur sans tige, / Qui voltige,
- Deuxième soir : Que l’on cueille en un réseau ; / Dans la nature infinie
- Troisième soir : Harmonie / Entre la plante et l’oiseau !…
- La veille : le poème en entier, debout, une seule fois. Puis on arrête.
Les vers longs alternent avec des vers très courts (« Qui voltige », « Harmonie »). Frapper le rythme dans les mains fait sentir cette alternance.
Le piège de ce poème
« Fleur sans tige » n’est pas une erreur : c’est une image, le papillon ressemble à une fleur qui se serait détachée.